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Neutralité du Net : Petit traité critique de polémologie

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L’imagination, qui d’un pinceau fidele & délicat retrace à l’ame l’image des choses, n’est de même qu’une modification de la force motrice qui monte les fibres ou les esprits sur un certain ton approprié aux objets qui doivent être représentés et semblable à celui que ces objets y imprimeroient par leur présence. Neutralité du Net aime à rappeler cette maxime de Ralph Waldo Emerson, »C’est une grande force pour une phrase que le fait de sentir ou de ne pas sentir un homme derrière elle ». Le siege de l’ame est une petite machine prodigieusement composée & pourtant fort simple dans sa composition. C’est un abrégé très-complet de tout le genre nerveux, une neurologie en miniature. On peut se représenter cet admirable instrument des opérations de notre ame sous l’image d’un clavessin, d’une orgue, d’une horloge ou sous celle de quelque autre machine beaucoup plus composée encore. Ici sont les ressorts destinés à mouvoir la tête : là sont ceux qui font mouvoir les extrémités : plus haut sont les mouvemens des sens : au-dessous sont ceux de la respiration & de la voix. Et quel nombre, quelle harmonie, quelle variété dans les pieces qui composent ces ressorts & ces mouvemens. L’ame est le musicien qui exécute sur cette machine différens airs ou qui juge de ceux qui y sont exécutés & qui les répete. Chaque fibre est une espece de touche ou de marteau destiné à rendre un certain ton. Soit que les touches soient mues par les objets, soit que le mouvement leur soit imprimé par la force motrice de l’ame le jeu est le même ; il ne peut différer qu’en durée et en intensité. Ordinairement l’impression des objets est plus durable & plus vive que celle de la force motrice. Mais dans les songes & dans certaines maladies l’imagination acquiert assez de force pour élever ses peintures au niveau de la réalité. La réminiscence par laquelle l’ame distingue les perceptions qui l’ont déjà affectée des perceptions nouvelles, paroit d’abord n’être point comme le rappel & l’imagination, une faculté, pour ainsi dire, mixte , une faculté qui tienne autant au corps qu’à l’ame ou à l’exercice de laquelle le corps concoure directement. Il semble que ce soit une faculté purement spirituelle ou qui n’appartienne qu’à l’ame. On est porté à penser que l’ame conservant le sentiment de toutes ses modifications, ce sentiment est plus ou moins vif, plus ou moins distinct suivant que les ébranlemens ont été plus ou moins forts ou plus ou moins répétés. Mais si l’on approfondit davantage ce sujet, on reconnoitra que la réminiscence n’est pas d’une autre nature que le rappel & l’imagination et que toutes ces opérations de notre ame peuvent s’expliquer d’une façon également méchanique. Le sentiment que produit cette diversité d’impression est la réminiscence. On imaginera, si l’on veut, que les fibres qui n’ont point encore été mues, & qu’on pourroit nommer des fibres vierges , sont par rapport à l’ame dans un état analogue à celui d’un membre qui seroit paralytique dès avant la naissance. L’ame n’a point le sentiment de l’effet de ces fibres. Elle l’acquiert au moment qu’elles sont mises en action. Alors l’espece de paralysie cesse & l’ame est affectée d’une perception nouvelle. La souplesse ou la mobilité de ces fibres augmente par le retour des mêmes ébranlemens. Le sentiment attaché à cette augmentation de souplesse ou de mobilité constitue la réminiscence, qui acquiert d’autant plus de vivacité que les fibres deviennent plus souples ou plus mobiles. Des fibres, auparavant mues, mais dans lesquelles il s’opere de nouveaux mouvemens ou une nouvelle suite de mouvemens, font naître dans l’ame de nouvelles perceptions. La répétition plus facile de ces mouvemens retrace à l’ame les mêmes perceptions & y excite la réminiscence de ces perceptions. L’ame est presque toujours affectée à la fois de plusieurs idées. Lorsqu’une de ces idées reparoît, elle réveille ordinairement quelques-unes de celles qui l’accompagnoient, & c’est là une autre source de la reminiscence. Souvent à l’occasion d’une idée l’ame a le sentiment confus d’une autre idée qu’elle cherche à rappeller. Pour cet effet, elle use de la force motrice dont elle est douée : elle meut différentes touches ou elle meut différemment les mêmes touches, & elle ne cesse de mouvoir qu’elle n’ait disposé son cerveau de maniere à lui retracer cette idée. Plus les rapports de deux idées sont prochains, plus le rappel est prompt & facile.

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